L'Apron du Rhône, un poisson en danger d'extinction

 

Dans les années 80, les scientifiques se sont intéressés pour la première fois à l'Apron du Rhône et un état des lieux a été effectué.
Sur les 2200 kilomètres de linéaire de cours d'eau occupés par l'Apron au début du XXe siècle, seuls 380 kilomètres de linéaire étaient encore peuplés par l'Apron. L'alerte est alors donnée et peu à peu une prise de conscience s'effectue et les acteurs du territoire se mobilisent.

A partir de 1992, plusieurs programmes européens, relayés depuis 2008 par un plan national d'actions pour la sauvegarde de ce poisson, permettent à de nombreuses structures de se mobiliser. Des projets destinés à restaurer et à préserver ce poisson et son milieu de vie voient le jour partout où l'espèce est présente. A partir de 2008, le Parc naturel régional du Verdon s'est, quant à lui, engagé à préserver l'Apron encore présent dans les gorges du Verdon. Cet article présente les spécificités de l'Apron sur notre territoire, les actions et la règlementation mises en place pour le protéger.
Photo Guillaume Ruiz

L’Apron du Rhône (Zingel asper L.) est un poisson endémique du bassin du Rhône

Jusque dans le premier tiers du XXe siècle, l’apron était présent sur l’ensemble du bassin du Rhône, incluant le cours principal du fleuve et la majorité de ses affluents. A partir du milieu du XXe siècle, l’Apron va perdre presque 90 % de son aire de répartition historique. Cette diminution drastique est liée à une pression toujours croissante des activités humaines en lien principalement avec l’aménagement et l’exploitation des cours d’eau sur le milieu : fragmentation de l’habitat par des barrages et des seuils, perturbation de l’hydraulique et de la géomorphologie naturelles des cours d’eau et uniformisation des habitats de rivière. Cette espèce est aujourd’hui restreinte à quelques groupes de populations qui ne sont plus connectés entre eux : l’Ardèche, la Loue, le Doubs suisse, la Durance, le Buëch, l’Asse, la Bléone et dans les grandes gorges du Verdon.

Dans les grandes gorges du Verdon, l'Apron a été retrouvé de façon fortuite en 2001. Il est aujourd'hui connue sur 31 km de rivière entre le Pont de Taloire (Castellane/Trigance) et la queue du lac de Sainte-Croix (Moustiers-Sainte-Marie/Aiguines). Depuis 2006, cette population fait l'objet d'un suivi démographique et génétique afin de mieux comprendre l'état de conservation de cette population. Ces suivis ont montré clairement une chute drastique de la diversité génétique de la population d’aprons du Verdon.

Une chute de la diversité génétique de la population d’aprons du Verdon

Cette chute de diversité génétique a été mise en lien avec les aménagements de la Durance et du Verdon. La connectivité de cette population avec les populations Durancienne a été interrompue dès 1866, avec la construction d’un barrage sur l’emplacement de l’actuel barrage de Quinson. D’autres barrages, mis en service en 1967 (barrage de Gréoux), 1974 (barrage de Quinson) et 1973 (barrage de Sainte-Croix) noyant une grande partie des habitats de rivière, ont ensuite contribué à modifier fortement et à détruire la plupart des habitats favorables à l’Apron en aval des grandes gorges du Verdon. Ne pouvant plus faire appel à la migration pour maintenir sa diversité génétique, et ayant été confinée à l’étroit linéaire des grandes gorges du Verdon, la population d’aprons a donc subit une forte dérive génétique et une chute de son effectif efficace (lié aux nombre de reproducteurs). La population d’aprons a été ainsi fortement fragilisée. Elle est désormais plus sensible aux variations de son environnement que ses homologues duranciennes.

L'Apron du Rhône est un poisson qui se cale entre les galets dans des zones peu profondes, notamment pour chasser ses proies. Il mange préférentiellement, voire exclusivement, un type de larve d'insecte aquatique de la famille des éphémères. A l'approche d'un danger potentiel, il reste immobile, comptant sur son camouflage pour passer inaperçu. 

Ses moeurs et son statut critique de conservation ont justifié la mise en place d’une règlementation spécifique pour préserver ce poisson unique au monde.

 

Règlementation pour la préservation de l'espèce dans le Verdon

En 2012, un arrêté interpréfectoral de protection de biotope de l'Apron du Rhône (AIPPB) est mis en place dans les gorges du Verdon entre l'aval du Couloir Samson et la queue du lac de Sainte-Croix (la population comprise plus en amont n'ayant été découverte et confirmée qu'en 2017). Cette règlementation a pour but de limiter les piétinements humains dans la rivière et prévoit ainsi les dispositions suivantes :

  • Baignade interdite,
  • Pêche les pieds dans l'eau interdite,
  • Activités embarquées autorisées uniquement pour un débit supérieur à 3 m3/s,
  • Activités de descente de canyons, d'hydrospeed, la randonnée aquatique, la nage en eau vive, le floating et de manière générale toutes actions de marcher dans l'eau sont interdites en dessous d'un débit de 3 m3/s dans la rivière du Verdon sur les secteurs suivants :
    • secteur compris entre l'aplomb du belvédère de La Carelle (un peu en aval du Couloir Samson) et la passerelle de l'Estellié,
    • secteur compris entre l'ancienne passerelle de Mayreste et la source de Bagarelle (limite amont de la queue du lac de Sainte-Croix).
  • Activités de descente de canyons, d'hydrospeed, la randonnée aquatique, la nage en eau vive, le floating et demanière générale toutes actions de marcher dans l'eau sont règlementées en dessous d'un débit de 3 m3/s dans la rivière du Verdon sur le secteur compris entre la passerelle de l'Estellié et l'ancienne passerelle de Mayreste. Sur ce tronçon de la rivière, 3 secteurs sont interdits et doivent être parcourus à pied en berge (les sortie de l'eau obligatoire sont indiquées par des panneaux).

Pour plus d'information et pour avoir accès à la cartographie des secteurs règlementés :

Le livret "Comprendre l'AIPPB Apron"

L'AIPPB Apron (arrêté interpréfectoral)

Le courrier scientifique du Parc du Verdon "L'eau précieuse du Verdon"

Plus d'informations sur l'Apron du Rhône, consultez www.aprondurhone.fr

 

Suite à la découverte d'une nouvelle population d'aprons en 2017, entre le Couloir Samson et le Pont de Taloire, l'extension de cette règlementation est actuellement à l'étude.

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